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    Axel Kahn : "La politique actuelle est d'une très grande hypocrisie"

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    Axel Kahn : "La politique actuelle est d'une très grande hypocrisie"

    Message  Admin le Mer 16 Fév - 13:44

    Selon le généticien, le maintien de l'interdiction des recherches sur l'embryon obéit à des impératifs politiciens.


    Le projet de loi de révision des lois de bioéthique prévoit de maintenir une interdiction de principe des recherches sur les embryons ainsi que sur les cellules souches embryonnaires, assortie de possibles dérogations au cas par cas. Le généticien Axel Kahn, président de l'université Paris Descartes, revient sur une solution qu'il juge irrationnelle.

    Le Point.fr : La recherche française ne risque-t-elle pas de faire les frais du statu quo dans ce domaine ?

    Axel Kahn : Non, je crois que ce n'est pas le problème puisque la recherche sur l'embryon est possible à peu près dans les mêmes conditions qu'elle le serait si la loi changeait et posait un principe d'autorisation limitée à tel ou tel cas. Les critères d'autorisation seraient très proches de ceux qui sont utilisés aujourd'hui par l'Agence de biomédecine. Le problème est beaucoup plus symbolique. Le texte de loi de 2004 pouvait s'expliquer par la situation particulière de Jean-François Mattei, éminent biologiste et fervent catholique, pris entre l'évidence scientifique que la recherche sur l'embryon était importante et l'idée qu'elle devait rester impossible. Il avait donc imaginé une astuce sémantique qui était de dire : la recherche sur l'embryon est interdite, mais elle peut être autorisée, au cas par cas, à condition d'être menée à des fins de développement de nouvelles thérapeutiques. Aujourd'hui, après sept ans, c'est tout à fait surréaliste, voire grotesque. C'est la cohérence juridique et intellectuelle du texte qui est en cause.

    Le fait d'avoir à demander une dérogation pour pouvoir entamer des recherches dans ce domaine ne fait-il pas perdre du temps dans un contexte de forte compétition scientifique internationale ?

    Oui, mais il ne faut pas tout confondre. Quand vous faites une loi de bioéthique, vous ne faites pas une loi de stimulation des entreprises scientifiques et industrielles. C'est un moment fort de réflexion sur les valeurs profondes dans lesquelles la population se retrouve. Je crois justement qu'il faut vraiment lutter, dans ce domaine, contre la confusion des genres. S'il n'y a pas de raisons morales pour mettre des obstacles au développement d'une recherche, il ne faut pas l'interdire. En revanche, ce n'est pas parce qu'une recherche promet d'être rentable qu'il faut l'autoriser.

    Interdire tout en accordant des dérogations, n'est-ce pas le meilleur moyen d'éviter que certains chercheurs se mettent à jouer les apprentis sorciers ?

    Je ne vois pas la différence avec une approche qui consisterait à dire : l'embryon n'est jamais un objet banal, ni une chose, puisqu'il a la singularité d'être le début éventuel d'une vie humaine et, de ce fait, d'indiquer que des recherches peuvent être uniquement menées sur des embryons conçus dans le cadre d'une assistance médicale à la procréation, abandonnés par leurs géniteurs et non adoptés par un couple demandeur, avec l'autorisation de l'Agence de biomédecine. Je pense que, d'une certaine manière, cela marquerait beaucoup plus le progrès de la réflexion sur la nature de l'embryon. La politique actuelle est d'une très grande hypocrisie.

    Quels sont les enjeux scientifiques et médicaux des recherches sur les embryons et les cellules souches embryonnaires ? En quoi sont-elles indispensables ?

    Leur intérêt premier est d'être une recherche, même si on considère que l'embryon est une personne humaine, qui porte sur les premiers âges de la vie humaine. Or la médecine et la biologie n'ont fait des progrès qu'en menant des recherches sur tous les âges de la vie humaine. S'il y a un âge de la vie humaine auquel il est interdit de mener des recherches, cela veut dire que l'on s'interdit de faire progresser à la fois les techniques, les connaissances et les soins à cet âge-là. Pourtant, il y a des maladies de l'embryon dont les conséquences sont soit des stérilités, soit des anomalies du développement qui peuvent aboutir à des avortements précoces ou à des malformations. En ce qui concerne les autres utilisations et notamment la médecine régénératrice, on a, en revanche, le sentiment aujourd'hui que les cellules souches embryonnaires pourront sans doute être remplacées par des cellules souches dites induites, qui posent beaucoup moins de problèmes éthiques.

    Comment expliquez-vous la frilosité française sur ce dossier ? D'autres pays européens, notamment la Grande-Bretagne et la Belgique, ont depuis longtemps autorisé ces recherches...

    Il y a un élément de différence de références religieuses et de philosophie morale. En Belgique, en Hollande, en Angleterre et dans les pays nordiques, la référence de la philosophie morale est l'utilitarisme qui ne considère pas tellement de principes fondamentaux mais, de manière très pragmatique, dit : pour savoir si une action est bonne ou mauvaise, il suffit de faire la balance entre ses bienfaits et ses défauts. En revanche, d'autres pays comme la France, l'Allemagne, l'Autriche, le Luxembourg et les pays du sud de l'Europe se réfèrent à de grands principes tels que la dignité de la personne, etc. Mais en ce qui concerne le revirement actuel - puisqu'il y a trois ou quatre ans, ayant moi-même été auditionné par le groupe UMP sur ce sujet, la majorité semblait prête, à quelques exceptions près, à une autorisation encadrée des recherches sur l'embryon -, il ne vous aura pas échappé que nous sommes proches d'une échéance électorale pour le moins incertaine et que, par conséquent, le président de la République, qui sera vraisemblablement candidat à sa propre succession en 2012, cherche à donner des gages importants à la droite de sa droite.

    Pensez-vous que les parlementaires, députés et sénateurs, peuvent encore mener une offensive sur ce sujet lors de l'examen du projet de loi ?

    Je suis un optimiste et un grand démocrate. J'espère bien qu'ils le feront... Ils ont les moyens, sur ce sujet, de surmonter les clivages partisans et de bien marquer quelles sont les valeurs essentielles qui sont partagées par la population et qui contribuent à fonder le lien culturel et social de la société française.


    Par Chloé Durand-Parenti

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